Mis à jour le 19 octobre 2026 · 8 min de lecture
Écrans avant 3 ans : interdits en mode d'accueil depuis 2025, que proposer à la place ?
Depuis le 3 juillet 2025, il est interdit d'exposer un enfant de moins de trois ans à un écran (smartphone, tablette, ordinateur, télévision) dans les lieux d'accueil du jeune enfant, y compris chez l'assistant(e) maternel(le). Cette règle vient d'un arrêté du 27 juin 2025 qui a modifié la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant : ce qui n'était qu'une recommandation est devenu une interdiction. À la maison, il ne s'agit pas d'une interdiction légale mais d'une recommandation de santé publique qui va dans le même sens. Ce guide explique la règle, ses raisons, des alternatives concrètes, et comment construire une cohérence entre la maison et le lieu d'accueil.
Ce que dit la règle depuis juillet 2025
La charte nationale pour l'accueil du jeune enfant a été créée par un arrêté du 23 septembre 2021, en application de l'article L. 214-1-1 du Code de l'action sociale et des familles. Elle concerne l'ensemble des modes d'accueil, individuels et collectifs, et son préambule précise que tous les professionnels de l'accueil du jeune enfant (salariés à domicile, assistants maternels, personnels de crèche) intègrent ses principes à leur pratique.
En 2021, la charte indiquait qu'il « n'est pas recommandé » de laisser un enfant de moins de trois ans devant un écran. L'arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel du 2 juillet 2025 et entré en vigueur le 3 juillet 2025, remplace cette phrase par : « Il est interdit d'exposer un enfant de moins de trois ans devant un écran (smartphone, tablette, ordinateur, télévision) compte tenu des risques pour son développement. »
Cette interdiction reprend l'une des conclusions de la commission d'experts « Enfants et écrans », dont le rapport remis en avril 2024 préconisait notamment pas d'exposition aux écrans avant trois ans, puis un usage déconseillé, ou limité et occasionnel avec un adulte, jusqu'à six ans (info.gouv.fr).
À suivre : une proposition de loi visant à protéger les jeunes de l'exposition excessive et précoce aux écrans, adoptée en première lecture par le Sénat le 18 décembre 2025 puis transmise à l'Assemblée nationale, prévoit notamment de former les professionnels de la petite enfance aux risques des écrans et d'intégrer une action contre l'exposition excessive des enfants aux écrans dans les consultations et actions de prévention des PMI. À la date de mise à jour de ce guide, elle n'avait pas été définitivement adoptée.
Pourquoi pas d'écran avant 3 ans
Un tout-petit se construit dans l'échange : c'est en interagissant avec les adultes et les autres enfants qu'il développe ses apprentissages, son langage, ses relations aux autres, son attention et sa capacité à réguler ses émotions (1000-premiers-jours.fr). La charte le résume ainsi : l'enfant a besoin d'interagir avec son environnement, d'utiliser ses cinq sens et d'être en mouvement.
- Devant un écran, bébé s'habitue à rester sans bouger ni jouer, et il est privé des réponses aux signaux qu'il envoie.
- Pendant les repas, l'écran peut l'empêcher d'écouter son corps : il risque de continuer à manger mécaniquement et sans plaisir.
- La télévision allumée en fond l'interrompt dans ses activités et peut gêner l'apprentissage de la concentration.
- Les écrans peuvent nuire à l'endormissement et à la qualité du sommeil.
- Plus largement, la commission « Enfants et écrans » a souligné qu'un usage excessif ou mal encadré peut entraîner des troubles du sommeil et de la vision, davantage de sédentarité et, à terme, une prise de poids ou des pathologies chroniques.
Concrètement, chez l'assistante maternelle
- Pas de dessin animé, de vidéo ni de jeu sur tablette ou smartphone pour les enfants de moins de 3 ans accueillis, y compris « juste pour patienter » ou pendant le repas.
- Télévision éteinte dans la pièce où se trouvent les tout-petits : un écran allumé en fond les expose aussi.
- Si des enfants plus grands sont présents (enfants de l'assmat, enfants scolarisés accueillis), prévoir pour leurs éventuels temps d'écran un moment ou un espace à l'écart des moins de 3 ans.
- Le téléphone de l'adulte reste un outil de travail (joindre les parents, appeler les secours), mais la charte invite aussi les professionnels à veiller à proscrire l'usage des téléphones portables à proximité des enfants : rangé hors de portée, notifications coupées pendant les jeux, les repas et les changes.
- Les photos envoyées aux parents n'exposent pas l'enfant à un écran, mais mieux vaut les regrouper sur des moments calmes. La charte rappelle par ailleurs que l'usage des outils de communication à distance, en particulier des webcams, freine le processus de séparation entre l'enfant et ses parents.
Que proposer à la place ?
Un bébé n'a pas besoin d'écran pour se développer : il a besoin de bouger, de manipuler des objets, de découvrir des textures, des sons et des odeurs, d'être regardé et encouragé, de rêver et même, parfois, de s'ennuyer (1000-premiers-jours.fr).
- Jeux libres au sol avec des objets du quotidien sans danger (boîtes, gobelets, tissus), cubes, encastrements.
- Livres, comptines, jeux de doigts, musique : la charte fait de l'éveil artistique et culturel l'un de ses dix principes.
- Sorties et contact avec la nature (jardin, parc, feuilles, sable), autre principe de la charte.
- Participation aux gestes du quotidien : installer bébé près de soi pendant qu'on cuisine, lui expliquer ce qu'on fait, lui donner des objets sans danger à manipuler.
- Quand bébé pleure ou s'énerve, ce n'est pas d'un écran qu'il a besoin mais de présence : le prendre, le porter, le bercer, le promener. L'écran captive, mais le calme n'est qu'apparent.
Et à la maison ?
À la maison, il n'existe pas d'interdiction légale, mais une recommandation claire. Les repères du carnet de santé (actualisé en 2018), rappelés par Santé publique France : jouer et interagir « en vrai » avec l'enfant ; avant 3 ans, éviter de le mettre dans une pièce où la télévision est allumée, même s'il ne la regarde pas ; ne pas lui donner de tablette ou de smartphone pour le calmer, ni pendant ses repas, ni avant son sommeil ; fixer des règles familiales et prévoir des activités sans écran.
Les écrans des adultes comptent aussi : quand on regarde son téléphone, même brièvement, on est moins disponible pour les regards, les paroles et les sourires qui nourrissent le développement de bébé. Inutile de tout changer du jour au lendemain : on peut commencer par poser le téléphone pendant les repas, éteindre la télévision de fond ou couper les notifications pendant les jeux (1000-premiers-jours.fr).
En parler en famille et avec votre assmat
- Inscrire la règle dans le projet d'accueil : l'assmat y décrit ses activités sans écran et la place de son téléphone ; les parents savent à quoi s'attendre.
- Viser la cohérence : selon 1000-premiers-jours.fr, un enfant pourrait avoir moins envie d'écrans s'ils sont moins présents dans son environnement, surtout si les adultes qui l'entourent (assistante maternelle, crèche, grands-parents) ont les mêmes habitudes.
- Partager ce qui plaît : une comptine, un jeu ou un livre préféré noté dans le carnet de liaison peut être repris à la maison.
- En parler sans culpabiliser : chaque famille avance à son rythme. Si un écran a été allumé par habitude, on en parle simplement et on cherche ensemble une alternative.
- Besoin d'idées ou d'un échange ? Le relais petite enfance (RPE), la PMI ou votre médecin peuvent vous accompagner.
Ce que GardeZen peut faciliter
GardeZen aide parents et assmat à formaliser leurs règles communes dans le projet d'accueil, à partager les activités de la journée dans le carnet de liaison et à retrouver les ressources près de chez vous (RPE, PMI, LAEP).
Sources officielles
- Légifrance — Arrêté du 27 juin 2025 modifiant la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant
- Légifrance — Arrêté du 23 septembre 2021 portant création d'une charte nationale pour l'accueil du jeune enfant
- info.gouv.fr — Les écrans interdits dans les lieux d'accueil pour jeunes enfants
- 1000 premiers jours — Éviter les écrans pour bébé
- 1000 premiers jours — Ces écrans qui captent l'attention des parents
- Santé publique France — Conseils santé pour les (futurs) parents et leurs jeunes enfants (les 0-3 ans et les écrans)
- Sénat — Proposition de loi visant à protéger les jeunes de l'exposition excessive et précoce aux écrans (la loi en clair)
- Sénat — Dossier législatif de la proposition de loi n° 744 (2024-2025)
Information à but pédagogique. Les montants et règles exacts (barèmes, plafonds) évoluent : vérifiez votre situation auprès des sources officielles. Mis à jour le 19 octobre 2026.